| |
HISTORIQUE - ENVERS ET CONTRE TOUT!
Tourner autour de la planète en solitaire et sans escale d’ouest en est est déjà une aventure extraordinaire, comme viennent de le démontrer les skippers du dernier Vendée Globe. Faire le même parcours mais dans le sens inverse, contre vents et courants dominants, est un combat plus immense encore, le plus dur de tous. Un Français, Jean-Luc Van den Heede, détient ce record absolu en 122 jours.
Douze êtres humains ont marché sur la lune. C’est peu et c’est pourtant deux fois plus que le nombre de marins – quatre hommes et une femme – à avoir réussi l’incroyable exploit de boucler un tour du monde « à l’envers » à bord d’un bateau à voile.
A l’envers ? D’est en ouest, précise le WSSRC, l’organisme qui gère les records de la planète voile. C’est-à-dire, à l’inverse du Vendée Globe. Après avoir descendu l’Atlantique depuis l’Europe, on tourne à droite au Cap Horn pour affronter dans cet ordre le Pacifique puis l’Indien à rebrousse poil, les tempêtes dans l’étrave. Pas de grands surfs au programme, mais une lutte acharnée contre la mer et le vent, le plus souvent au près. Cette allure qui maltraite les machines et les hommes jusqu’aux limites de l’acceptable, jour et nuit, durant plus de quatre mois …
Seuls cinq marins au palmarès de l’exploit Ce n’est sûrement pas un hasard si ce record de guerrier a été inventé par un colosse écossais nommé Chay Blyth, ex-commando qui le premier boucla la boucle à bord d’un bateau de 17 tonnes, British Steel. Blyth mettra 292 jours, d’octobre 1970 à août 1971 pour inaugurer cette idée d’autant plus incroyable qu’à l’époque seuls deux monstres sacrés avaient réussi un tour du monde sans escale dans le bon sens : Robin Knox-Johnston et Bernard Moitessier...
Vingt-deux ans plus tard, le sapeur-pompier anglais Mike Golding réédite l’exploit en 161 jours. En 2000, c’est au tour du Français Philippe Monnet d’améliorer ce chrono de 10 jours, non sans avoir essuyé des vents à 80 noeuds, une crise de paludisme et… une éruption volcanique sous-marine. « J’ai failli devenir fou, j’ai vécu comme un animal, je tapais sur tout ce qui était à ma portée», avouera Monnet à son retour parmi les hommes, après 151 jours d’aventure extrême. Il conservera ce record quatre années, avant d’être détrôné à son tour par un autre Français : l’indestructible Jean Luc Van den Heede. ‘VDH’ a consacré sept années de sa vie en quatre tentatives avant de décrocher enfin le Graal, en 2004, après 4 mois de combat. Ce record est toujours en vigueur aujourd’hui : 122 jours, 14 heures, 3 minutes et 49 secondes.
Une seule femme enfin a bouclé le tour du monde à l’envers, en 2006 : la navigatrice britannique Dee Caffari, en 178 jours. Tout comme Golding, Philippe Monnet et VDH, la jeune anglaise peut désormais s’enorgueillir de connaître le parcours dans les deux sens.
Enfin, aux incrédules qui ne seraient pas encore tout à fait convaincus de l’extrême difficulté de l’exercice, on conseillera simplement la lecture des ouvrages* écrits par ces héros de la mer, revenus des espaces désolés du grand sud.
Le Projet - Trois Objectifs
*Bibliographie :
« Le voyage impossible » par Chay Blyth
« Ni loi, ni Dieu » par Mike Golding
« J’ai entraperçu les moustaches du diable » par Philippe Monnet
« Le Monde à l’envers » par Philippe Monnet
« L’océan face à face » par VDH.
|
|